Rhynchostele

Un peu tout et n'importe quoi


L'aide sociale et son absence

Une citation que vous trouverez régulièrement sur la toile1, et dont l’attribution n’est pas claire, va à peut prêt comme ça:

On juge une société à la manière dont elle traite ses membres les plus vulnérables

Et qui que soit son véritable auteur, c’est une philosophie à laquelle j’adhère2. Ce qui explique pourquoi je n’aime pas trop notre manière de faire en Suisse.

Vous entendrez beaucoup les suisses dire que notre système fonctionne plutôt bien3, en effet, regardez nos rues propres sans personne qui y dort, l’absence de banlieues délabrées, l’apprentissage qui apporte la richesse à tous etc.

Et dans un sens ils n’ont pas tort, les signes de la pauvreté ne sont pas visibles et ça peut donner le sentiment qu’elle n’existe pas ou peu.

Mais cette invisibilité rend d’autant plus important l’étude des recours à l’aide sociale. Cet article de 2019 nous donne une idée de la part de la population qui n’y recourt pas et quelles sont ses raisons. La plus marquante, pour moi, se trouve dans ce paragraphe:

En premier lieu, la non-sollicitation d’une aide s’inscrit dans les normes sociales dominantes, valorisant la responsabilité individuelle et l’indépendance financière. Dans un système de type assurantiel comme celui de la Suisse, dans lequel les cotisations sociales justifient l’ouverture de nombreux droits, un « lourd fardeau d’autojustification » [2] pèse sur les personnes au bénéfice de prestations sous conditions de ressource. Le fait même de devoir demander une aide suscite ainsi des sentiments de « honte », un terme utilisé de façon récurrente dans les entretiens.

C’est également un constat fait par les militants et acteurs du terrain, comme dans cet entretien de C’est Réel sur le sujet du sans-abrisme à Lausanne.

Ce qui est vraiment décevant, c’est que nous avons les moyens de règler le problème de la précarité, en donnant automatiquement à ceux qui en ont besoin. Nous avons les moyens de régler le problème du sans-abrisme4, la Finlande s’en donne les moyens, alors pourquoi pas nous?.


  1. On a fait un bon de 20 ans en arrière avec ce terme ↩︎

  2. La pratiquer est une autre chose, souvent plus difficile car elle exige de remettre en question des manières d’être qui font partie de notre éducation. Mais j’essaie. ↩︎

  3. Ceux qui ont pas à faire au système d’aide j’entends, sinon l’illusion se brise assez vite. ↩︎

  4. Que les gens dorment dans la rue, hein, pas de devoir les regarder comme on entend un peu trop souvent. ↩︎